Le principe du montage de textes repose sur l’idée qu’il est possible ou probable de créer des liens, implicites ou explicites, entre les choses, à quelque niveau que ce soit : sémantique, chronologique, de conséquence, d’opposition... Tout est affaire de relief, d’intuition et d’habileté d’acteur.
Si l’on choisit des textes d’origines diverses, sans liens apparents entre eux, par la magie du montage et celle du théâtre, on parviendra à raconter une histoire…
Ce spectacle est né d’associations d’idées…Il a laissé venir les images et les combinaisons que nous évoquait le thème : l’éducation des filles.
In situ, in vitro, in petto, in utero… le cadre de jeu une fois défini comme champ d’expérimentation, une fille, fillette, jeune femme, femme et un homme, vaguement dompteur, répétiteur, tuteur, pasteur, acteur, sont placés au centre du dispositif.
Deux voix off scandent et rythment les séquences, clin d’œil à la situation de la Dispute de Marivaux et en même temps, écho aux débats à la chambre des députés qui auront lieu un siècle, puis deux siècles, puis trois siècles plus tard.
Quelques chants et chansonnettes, aussi, mêlés à des chansons de notre siècle, histoire de rendre hommage à la chanson populaire qui a connu son âge d’or au XVIIIème siècle…
Voilà pour le canevas.
avec Claire Conan-Vrinat et Gwenaël Fournier
dramaturgie, Guillaume Conan-Vrinat
scénographie, Salvatore Stara
affiche, Nathalie Morvillier

« Les femmes qu’elles le veuillent ou non, prendront bientôt le monde en main, ne serait-ce que parce qu’elles ne pourront faire autrement : les hommes, pour des raisons pratiques, auront disparu du globe. »
Valérie Solanas, Scum Manifesto
L’idée du spectacle est née de la lecture du texte de Valérie Solanas, Scum Manifesto, postfacée par Houellebecq : ce qui saute aux yeux, c’est la dimension surréaliste, le retournement inouï qu’elle propose (« l’homme est une femme manquée »), la haine paroxystique (Houellebecq parle de tendance nazie et il est textuellement question d’épuration), il s’agit de faire disparaître le genre masculin.
Ce qui est fascinant, c’est que Solanas parle comme un prophète.
Ce qui est plus fascinant encore c’est que Michel Houellebecq la reconnaît comme prophète.
(Les personnages masculins de ses romans semblent être des incarnations de l’homme dont elle parle…)
Son pessimisme à lui validant, en quelque sorte, sa thèse à elle.
« L’humoriste sublime est de toute la création la créature la plus pitoyable, la plus déplorable. »
Frank Wedekind, L’Eveil du Printemps, III 7
Il est l’Homme, le type, le comique, l’intellectuel…
Il est le tripotant, l’omnipotent, le potipotent…presque heureux.
Et puis il est tous ceux qui arrachent les fous rires aux foules
Il gesticule, il vocifère, il rouspète, il éructe, il pouffe…il lui est arrivé de tomber, de pirouetter, de faire des petits sauts…
Mais voilà que tout à la contemplation de son propre pouvoir, il n’a pas vu le danger : les SCUM débarquent et avec elles c’est la moitié du monde qu’elles charrient.
« l’expérience d’une déconstruction ne va jamais sans cela, sans amour, si vous préférez ce mot.
Elle commence par rendre hommage à ce à quoi, à ce à qui je dirais elle s’en prend. »
Jacques Derrida, De quoi demain… cité dans Alternatives Théâtrales, le corps travesti
Disons que l’une des démarches intellectuelles essentielles de cette fin de siècle est celle de la déconstruction. Disons que son auteur en est Jacques Derrida, ce qui est entendu puisqu’il en est le signataire officiel. Disons que cette déconstruction est une machine féroce qui atteint inlassablement nos modes de pensée, et les laisse nus de tout présupposé tout en les revêtant pudiquement d’un espoir, celui de la reconstruction. Une reconstruction forcément libre « sans plan cadastral » selon la belle expression de René Char.
Disons que sur cette route aventureuse, se dressent des monuments, sorte d’aberration de la pensée, parole baroque et malade, pour le dire simplement : prophétique.
Disons que SCUM Manifesto de Valerie Solanas est ainsi : baroque, malade, prophétique.
A présent tentons une hypothèse : la culture populaire, dans la diversité de ses formes d’expression est un prisme adéquat à la déconstruction, lui fournissant les munitions esthétiques nécessaires à l’assaut de ces édifices.
En guise d’avertissement, osons dire que cette hypothèse quelque peu extravagante est la nôtre.
Guillaume Conan-Vrinat
« Aucune image de la télévision ne veut ni ne peut nous refléter. C’est avec la vidéo que nous nous raconterons»
Sentence féministe des années 70
En 2007 : Familiarité extrême de la télévision / Etrangeté de la vidéo dite « expérimentale »
D’où : utiliser les deux types d’images ensemble, les unes aisément reconnaissables (formes typiques du reportage, du clip musical, du documentaire animalier, de l’interview, etc.) et les autres moins identifiables (la vidéo débordant l’écran, les images plus abstraites, la présence de ralentis, accélérations, boucles, feedbacks, etc., qu’on pourrait à présent appeler formes typiques de la vidéo).
De ce dialogue entre vidéo et télévision naît un sens - complexe et distancié - du rapport que nous entretenons avec les images.
Feedback :
Les années 70 voient émerger le mouvement de libération de la femme et la vidéo.
Double naissance, les collectifs féministes s’emparent aussitôt de ce nouveau médium, souple, outil de proximité non alourdi par le chaînage complexe du cinéma, territoire qui n’a pas encore été « pris d’assaut par les hommes ». La pratique de la vidéo a également ce côté expérimental qui sied formidablement bien à leurs idéaux, et qui correspond à l’esprit de la libération : faire sauter les codes en vigueur.
Sur scène :
Les SCUMs débarquent !
La télévision ne veut pas d’elles ? Refuse de les médiatiser ?
Elles s’emparent de la vidéo comme arme d’invasion.
Elles envahissent l’espace télévisuel par le biais de la vidéo sur le mode du piratage.
Ainsi, elles atteignent par ces détours leur cible : un homme seul (elles atteindront également les masses).
La vidéo comme un tunnel par lequel les SCUMs peuvent débarquer.
Lidwine Prolonge

avec
Claire Conan-Vrinat, la Dame en Rouge
Lidwine Prolonge, l'Infirmière
Gwenaël Fournier, L'Enseignant
Ayouba Ali, Le Sauvage
dramaturgie, Guillaume Conan-Vrinat
scénographie, Salvatore Stara
Vidéos, Lidwine Prolonge
Lumières, Paul Galéron
Affiche, Nathalie Morvillier
Le Sauvage est diplomate.
Le Sauvage apprend une langue nouvelle avec l’Enseignant.
Le Sauvage est séduit par la Dame en rouge.
… et contrairement aux idées reçues, ils sont espionnés par l’infirmière.
Cette pièce développe une langue qui lui est propre. Les sentiments sont codés. Tous les personnages portent un masque : celui de leur fonction au sein de ce système dont ils ne parviennent à sortir.
… mais contrairement aux idées reçues, tout système est amené, un jour ou l’autre, à s’effondrer
Pièce créee lors de la résidence d'Anne-Laure Lemaire au lycée Diderot de Langres
Le livre est écrit comme une chronique, entre 1968 et 1998.
Les trajectoires des personnages, - Mathilde, Dino, Yann, Marianne, Isabelle, Pierre, Gisèle et Nadine, Marie-Laure...- ouvriers, cadres, techniciens, chercheurs, en forment la trame, à la fois chronique d'un site industriel et roman choral, récit intimiste et épopée contemporaine. Leur parcours dessine un demi-siècle d'histoire : celles des conditions du travail héritées du paternalisme, de l'occupation de l'usine en mai 68, de l'élection de François Mitterrand, de la vie syndicale au quotidien, du féminisme, des fractures au sein du mouvement ouvrier.
Entre 1999 et 2007, le mode du récit change, et l'on a affaire aux confessions des personnages : chacun prend la parole à son tour et raconte : rachat, licenciements, départs à la retraite, reclassement. Et puis les conséquences de la mondialisation, les implications du capitalisme en terme de santé publique...Les confessions sont celles de gens inquiets, blessés.
C'est cette partie du roman qui sera le texte du spectacle.
Il y a un autre monde, mais il est dans celui là
Paul Eluard
Le travail à partir du texte de Sylvain Rossignol appartient à la lignée des expériences théâtrales qui s'inscrivent au cœur des mouvements sociaux.
Ces formes, nées avec Meyerhold, Brecht et Piscator, dans la Russie et l'Allemagne des années 20, ranimées dans les années soixante aux Etats-Unis, induisent, en confrontant la scène au réel, de très singulières expériences, tant sur le plan sensible, politique qu'artistique.
Le texte est constitué des confessions des personnages, avec en contrepoint, des retranscriptions d'émissions de radio, des fables de La Fontaine, des extraits d'un séminaire « communiquer en situation difficile/annoncer une décision grave »... autant de lignes de fuites qui ne demandent qu'à être déployées dans le spectacle. Les personnages parlent les uns des autres, se font écho : la solidarité n'est pas démonstrative, elle est effective. Et l'histoire dit que le salut est dans la lutte... Même si on finit par se faire manger, comme dans certains contes pour enfants, ou comme le font les entreprises entre elles.
Dino, Marianne, Chantal, Yann, Franck... chaque personnage est la somme d'une dizaine d'âmes vivantes.
Ils sont là, debout, devant nous - l'histoire des personnes, les salariés de Romainville, est devenue autre chose, un matériau, un texte, une fiction.
Le spectacle, de forme légère, pensé pour pouvoir être joué partout, matérialise l'usine comme un corps vivant fait de matières plastiques.
Les personnages évoluent dans ce dispositif original, où apparaissent parmi les rats, des fantômes de vivants.
La musique et les sons occupent une place importante, venant au secours d'une détresse privée de mots et en soutien d'une parole qui interroge avec force le monde d'aujourd'hui.
Anne-Laure Lemaire